le destin du tableau oublié dans l’église Saint-Saturnin de Blois

On ignore depuis combien de temps il est là. Le tableau intitulé SAint Dominique face aux Albigeois à la bataille de Muret a été retrouvé dans le clocher de l’église Saint-Saturnin, à Blois, et sorti de son lieu de stockage pour rejoindre le musée diocésain d’art religieux. « En fait, il était entreposé dans l’escalier de la tribune de l’orgue, on savait qu’il était là, mais à force de le voir, plus personne n’y prêtait attention », confie Bruno Guignard, conservateur adjoint du musée, samedi 4 avril dernier. Et, si tout va bien, ce tableau devrait enfin être restauré.

Des étudiants en master d’histoire de l’art à Sorbonne université, originaires de Blois, veulent en faire leur projet d’études. Pauline de Puymaly et Arnaud Pezeril, qui travaillent le sujet en équipe avec d’autres, expliquent : « Il est très abîmé, et nous portons ce projet dans le cadre de la Fondation pour la sauvegarde de l’art français et son programme « Le plus grand musée de France » », de quoi mettre en pratique leur passion patrimoniale avec leurs études.

« On ne sait pas vraiment comment ce tableau est arrivé à Blois »

Plusieurs hypothèses sur la provenance de l’œuvre sont émises, et résumées par Bruno Guignard : « C’est un sujet très méridional et qui met en scène la présence de saint Dominique à la bataille de Muret de 1213, près de Toulouse… Mais sa datation serait plutôt fin 17e ou début 18e siècle. Cependant, on ne sait pas vraiment comment ce tableau est arrivé à Blois, il aurait peut-être été commandé par une congrégation locale de femmes dominicaines. Peut-être at-il été retrouvé à l’ancien hôpital de Blois Vienne puis bougé pendant la guerre pour rejoindre finalement l’église Saint-Saturnin. Il n’a malheureusement jamais été mentionné. »

Des éléments stylistiques que scrute aussi la restauratrice Sonia Ropion, qui espère bien « que la restauration révèle des surprises ». Elle doit tout d’abord évaluer la technique à adopter, en fonction de l’état de dégradation de l’œuvre. Selon elle, « on voit une sorte de couture sur le côté gauche de la toile, dont la laie principale fait plus d’un mètre, donc qui fait penser à des techniques du 18e siècle. Et certains bords peints débordent sur l’arrière, il y a un soupçon de changement de format : le châssis pourrait ne pas être d’origine. » D’ailleurs, le support est en relativement bon état.

Mais le tableau regorge de poussières et même de fientes de pigeons. « Il n’y a pas de déchirure ni de moisissure », se console-t-elle. L’intervention devrait consister à retirer tout l’encrassement de la couche picturale : « La fluorescence n’indique pas nécessairement de verni ou en couche très fine, mais la peinture, qui a subi déjà quelques retouches par le passé visiblement, reste en bon état malgré des petits soucis d’adhésion qui est en train de s’altérer et des déformations. »

Les étudiants lancent une action de mécénat

Elle s’attachera donc à une restauration fondamentale pour retrouver l’image originale, après quelques tests de produits à appliquer sur l’ensemble de l’œuvre de grande dimension (plus de 2,50 m sur plus d’1,20 m). Toutefois, pour que la restauratrice puisse intervenir, reste aux étudiants à réunir les fonds. Le tableau détenu par la paroisse appartient a priori à la Ville, qui a pris en charge 1.920 €. « Mais sur un total de 10.560 €, nous portons un projet de mécénat et il nous reste à réunir encore 3.500 € », indique Pauline, qui, avec l’équipe d’étudiants, a mis en place une souscription de don (bénéficiant des taux de défiscalisation en vigueur) sur le site de la Fondation pour la sauvegarde de l’art français.

Une fois la somme réunie, tous espèrent que le travail de restauration, avec l’étude préalable en liaison avec le conservateur du château de Blois, pourra révéler tous les mystères de ce tableau en quelques mois. Et qu’il retourne en meilleure place dans l’église Saint-Saturnin. « À moins qu’il ne puisse intégrer le projet du musée diocésain qui, lors de son déménagement en 2029 vers l’Hôtel-Dieu, va devoir se doter de tableaux pour reconstituer une liturgie. »

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